06/12/2022 4 mins

Chlordécone aux Antilles : des pratiques efficaces existent pour réduire l’exposition alimentaire

L'Anses a mené une nouvelle expertise sur les risques liés à l'exposition de la population antillaise au chlordécone. Elle confirme que ces risques peuvent être fortement réduits en respectant l'ensemble des recommandations de consommation de certains aliments issus de circuits informels émises par l'Agence. De plus, pour éviter la contamination notamment des œufs autoproduits, l'Agence recommande de renforcer l'adhésion au programme des jardins familiaux, dit JAFA. 

Un risque de surexposition au chlordécone

En 2021, l’Anses a revu la valeur sanitaire de référence externe (alimentaire) pour le chlordécone à la lumière de nouvelles études toxicologiques et épidémiologiques et établi une valeur de référence interne (dans le sang). Ces valeurs définissent des seuils au-dessus desquels le risque d’apparition d’effets sur la santé ne peut être exclu.

Dans l’expertise publiée ce jour, les experts ont comparé ces valeurs aux données de chlordéconémie (concentration de chlordécone dans le sang) et d’exposition par voie alimentaire issues de l’étude Kannari (2013-2014). Il en ressort qu’une partie de la population antillaise présente un risque de surexposition au chlordécone.

Limiter la consommation de certains aliments pour réduire les risques liés au chlordécone

Pour éviter une surexposition au chlordécone, l’Agence avait formulé trois recommandations de limitation de consommation de certains aliments issus des circuits informels dans son avis de 2007 :

  • limiter à quatre fois par semaine la consommation de produits de la pêche en provenance des circuits courts (pêche de loisir, de subsistance ou achat sur le bord des routes)
  • ne pas consommer de produits de pêche en eau douce issues des zones d’interdiction de pêche définies par arrêté préfectoral
  • limiter à deux fois par semaine la consommation de racines et de tubercules issus des jardins familiaux en zone réputée contaminée. En cas d’incertitudes, s’adresser aux conseillers du programme JAFA.

Dans sa nouvelle expertise, l’Anses conclut que le respect de l’ensemble de ces trois recommandations permet aux populations exposées de réduire fortement le risque de dépasser la valeur sanitaire externe qu’elle a établi en 2021. Il ressort également que ces recommandations sont en accord avec les pratiques alimentaires antillaises, la grande majorité des populations les appliquant d’ores et déjà. L’Anses confirme donc que ces limitations de consommation sont un levier possible et efficace pour réduire le risque pour la santé des populations.

Maîtriser la contamination des aliments autoproduits, en particulier des œufs

L’expertise révèle également que la consommation d’œufs autoproduits en zone réputée contaminée contribue fortement à l’exposition au chlordécone. Par conséquent, l’Agence recommande de renforcer l’adhésion et le recours aux programmes jardins familiaux JAFA pilotés par les agences régionales de santé en Guadeloupe et en Martinique. Ces programmes permettent de vérifier la concentration en chlordécone du sol et de fournir des conseils personnalisés sur les pratiques d’élevage adaptés aux jardins familiaux. Isoler le plus possible les animaux des sols pollués et les nourrir avec des aliments non contaminés font partie des pratiques à privilégier.

De nouvelles données nécessaires pour identifier d’autres moyens de réduction de l’exposition au chlordécone

Cette expertise repose sur les données issues de l’étude Kannari réalisée en 2013 -2014. Elle a également intégré des données plus récentes concernant les résultats de contamination des aliments issus des circuits contrôlés. En revanche, l’Agence souligne l’absence de nouvelles données sur les habitudes de consommation et la contamination des aliments issus des circuits informels.

De nouvelles études sont en cours, qui permettront d’apporter des données plus récentes et complémentaires. L’étude ChlorExpo, lancée par l’Anses début 2021, vise à obtenir des données de terrain sur les habitudes d’approvisionnement, de préparation et de cuisson des aliments. Elle permettra d’émettre des recommandations pratiques pour poursuivre la diminution de l’exposition au chlordécone des populations des Antilles. Par ailleurs, l’étude de biosurveillance Kannari 2, lancée prochainement par Santé publique France, permettra d’actualiser l’évaluation des risques à partir des données d’imprégnation.

Enfin, l’Anses recommande d’élargir le champ d’investigation de l’exposition à d’autres contaminants chimiques au-delà du chlordécone, de manière à adapter et compléter les mesures de protection des populations aux Antilles.

Les résultats de l’expertise en chiffres

  • 14 % de la population adulte en Guadeloupe et 25 % en Martinique présentent un dépassement de la VTR chronique interne. La valeur toxicologique de référence (VTR) chronique interne est basée sur la concentration de chlordécone dans le sang, appelée chlordéconémie. L’Anses a établi pour la première fois cette valeur en 2021 à 0,4 microgramme par litre de plasma. L’Anses rappelle que ce seuil sert à interpréter les chlordéconémies à l’échelle de la population.
  • 2 % à 12 % de la population antillaise présentent des dépassements de VTR chronique externe. La valeur toxicologique de référence (VTR) chronique externe concerne l’exposition par voie alimentaire. Elle est fixée à 0,17 microgramme par kilo de poids corporel par jour.
  • Les individus résidant en zone réputée contaminée présentent des taux de dépassement des VTR supérieurs à ceux résidant en zone réputée non contaminée.
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