Mouche orientale des fruits : renforcer la surveillance pour éviter son établissement en France
28/03/2024
Expertise
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Mouche orientale des fruits : renforcer la surveillance pour éviter son établissement en France

Bactrocera dorsalis, la mouche orientale des fruits, est l’un des ravageurs les plus dommageables pour de nombreuses filières de production de fruits et de légumes. Dans son avis, l’Anses estime que la probabilité qu’elle s’établisse durablement en France hexagonale n’est pas négligeable. Afin de détecter tout foyer d’infestation le plus rapidement possible, l’Anses recommande de renforcer la surveillance sur les marchandises importées et sur les cultures en zone méditerranéenne près des ports et aéroports, au-delà de ce qui est prévu par la réglementation actuelle.

Une espèce menaçante pour de nombreuses cultures fruitières et légumières

Insecte originaire d’Asie, Bactrocera dorsalis est aujourd’hui présent dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne, sur le sous-continent indien jusqu'à la Chine, dans tout le sud-est asiatique ainsi que dans plusieurs îles du Pacifique. La mouche orientale des fruits peut se nourrir d’un très grand nombre de fruits et de légumes : mangues, agrumes, pêches, prunes, abricots, raisins, avocats, tomates, etc. Au total, plus de 500 espèces de plantes hôtes sont répertoriées. La femelle pond ses œufs sous la peau du fruit, les larves qui en sont issues se nourrissent ensuite de la pulpe, provoquant ainsi une détérioration de la chair du fruit qui peut aller jusqu’à sa destruction totale. Les larves s'enfouissent ensuite dans le sol sous la plante pour se transformer en pupe d’où les mouches adultes éclosent.

B. dorsalis fait partie des 20 organismes nuisibles de quarantaine classés comme prioritaires pour l’Union européenne. Malgré la réglementation déjà en place pour prévenir l’entrée de cette espèce en Europe, plusieurs foyers d’infestation ont été déclarés en Italie. En France, B. dorsalis fait l’objet d’un plan national d’intervention sanitaire d’urgence (PNISU), qui implique la mise en place de mesures de lutte en cas de foyer telles que des traitements insecticides, le piégeage des individus mâles pour limiter leur reproduction et des restrictions de circulation du matériel végétal.

A ce jour, aucun foyer de B. dorsalis n’a été déclaré en France hexagonale. Néanmoins, le nombre de mouches capturées par les pièges mis en place dans le cadre de la surveillance officielle a augmenté ces dernières années. Les captures ont souvent lieu près des ports, des aéroports et des marchés de gros de produits frais.

Une probabilité élevée d’entrée en France de la mouche orientale des fruits

Selon l’expertise de l’Anses, la voie d’entrée la plus probable de la mouche orientale des fruits en France hexagonale est celle de l’importation commerciale de fruits et de légumes à partir de pays infestés. Un classement de ces fruits et légumes a été établi selon leurs volumes d’importation à partir de pays infestés, leur capacité à porter des larves de la mouche ainsi que les données d’interception de mouches sur des fruits et légumes aux postes de contrôles frontaliers français. Les mangues, les fruits de la passion, les avocats et les goyaves présentent un risque élevé et ont déjà fait l’objet d’interceptions.

L’Agence rappelle par ailleurs que le risque lié aux fruits transportés par les passagers lors de voyages notamment aériens ne doit pas être négligé, d’autant plus que cette marchandise n’est pas conditionnée ni contrôlée pour l’exportation.

Renforcer le contrôle des fruits et légumes importés pour prévenir l’entrée

L’Agence recommande de renforcer les inspections sur les marchandises les plus à risques, surtout si elles ne sont pas couvertes par des contrôles obligatoires dans le cadre de la réglementation actuelle, comme les fruits de la passion et les avocats par exemple. L’Agence rappelle également la nécessité de respecter de façon stricte les exigences prévues sur des fruits quand ils sont importés de pays infestés par B. dorsalis, tels que les mangues, pour sécuriser la qualité de la marchandise.

L’Agence ajoute qu’il est important de sensibiliser les voyageurs aux risques générés par le déplacement de végétaux et produits végétaux. Elle apporte son soutien à l’interdiction stricte de l’importation par les passagers de végétaux pouvant constituer une voie d’entrée d’organismes nuisibles tels que B. dorsalis.

Une probabilité modérée d’établissement durable dans la ceinture méditerranéenne de basse altitude, Corse comprise

La probabilité d’établissement de B. dorsalis en France hexagonale dépend principalement de la richesse en espèces végétales hôtes de B. dorsalis et tout particulièrement de la production de fruits dans des départements situés dans les régions méditerranéennes (PACA, Occitanie et Corse) et dans la région Nouvelle-Aquitaine. Au niveau climatique, la ceinture méditerranéenne de basse altitude, Corse comprise, est la seule zone potentiellement favorable à un établissement durable de B. dorsalis en France.

« Cette espèce de mouche est très polyphage, c’est-à-dire qu’elle peut se nourrir sur une très grande diversité de plantes. De plus les modélisations climatiques indiquent des conditions potentiellement favorables à son établissement dans la ceinture méditerranéenne de basse altitude, ce qui inclut la Corse. Les plantes hôtes ne manquent pas dans cette zone, même en hiver avec les agrumes, ce qui permettrait à la mouche de s’alimenter toute l’année. » explique Christine Tayeh.

Ainsi, afin d’augmenter les chances de détecter l’entrée de la mouche et d’éradiquer un éventuel foyer  dans les zones propices, l’Agence recommande de renforcer la surveillance, y compris le piégeage dans les cultures à côté des postes de contrôles frontaliers situés dans la zone méditerranéenne et l’inclusion de plantes qui ne sont pas actuellement ciblées par la surveillance comme les figuiers.